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SOUTENIR ET RENFORCER L’INSPECTION DU TRAVAIL

LES ATTENTES DE LA CFDT 

FÉVRIER 2005
 

(PARTIE 1)
 

 

 

  

 

 

 

SOUTENIR ET RENFORCER L’INSPECTION DU TRAVAIL

LES ATTENTES DE LA CFDT

 

 


Plan du Livre Blanc: 

 

INTRODUCTION – Les fondements de l’action de l’Inspection du Travail

1ère PARTIE – Un champ d’intervention flou 

1 – La CFDT note un problème de moyens nécessitant
 une réponse urgente

  1. La question des effectifs

  1.  
  2. Le développement de l’expertise disponible en matière de santé
  3.  

  4. L’extension des procédures administratives
  5.  

 

2 – Le renforcement des moyens pour la mission de contrôlepasse aussi par l’unification des services

 

3 – Le nécessaire pilotage de l’action de contrôle

3.1 La nécessaire définition de priorité d’actions

3.2 Le suivi des procédures pénales

3.3 La remontée d’information

3.4 Le plan santé travail

 

 

2ème PARTIE - Des missions de plus en plus difficiles à réaliser

 

4 – La nécessité de s’assurer de la sécurité des agents

4.1 Une re-légitimation nécessaire

4.2 L’accompagnement des agents

4.3 L’évaluation des risques 

• développer et protéger les instances de représentation des agents, donc la qualité du dialogue social au sein du ministère

 

• améliorer la formation des agents

• assurer le traitement immédiat des incidents

 

5 – Le recrutement

6 – La formation des agents de contrôle

CONCLUSION

 

 


 

SOUTENIR ET RENFORCER L’INSPECTION DU TRAVAIL

LES ATTENTES DE LA CFDT

 

Les crimes commis en Dordogne contre deux agents de contrôle suscitent une réaction du Ministère du travail en direction de l’inspection du travail, de ses moyens, de ses missions et de son organisation.

Cette action en direction de l’inspection du travail doit s’accompagner d’un message clair, ferme et fort en direction des employeurs, quant au respect du droit social et au respect des fonctionnaires d’État chargés de son contrôle.

La solution ne vient pas du seul tête-à-tête entre l’inspection et son ministère, mais d’un engagement de tous les acteurs dont l’entreprise.

 

INTRODUCTION

Les fondements de l’action de l’Inspection du Travail


 

Il y a, d’abord et avant tout, lieu de rappeler que la CFDT défend une Inspection du Travail généraliste et unifiée. L’unité de compétence et la non spécialisation des missions données aux agents est la seule garantie d’une action efficace au bénéfice des salariés. La dispersion, la multiplication des intervenants dans une même entreprise, ne manquerait pas de réduire à néant l’efficacité de l’action publique pour le maintien de l’ordre social.

 

Le lieu de l’exercice des missions de l’IT est et doit rester l’entreprise. Toutes les tentatives d’éloignement, qui s’exprimeraient entre autres par la juxtaposition de travaux administratifs non essentiels qui paralysent l’action des services, doivent être réprimées.

 

Les méthodologies de travail doivent privilégier l’action collective. Toute la hiérarchie et tous les services centraux et déconcentrés doivent être concernés et apporter leur soutien à ceux qui, sur le terrain, ont parfois des interrogations et rencontrent trop souvent des difficultés dans l’exercice de leur métier.

 

L’action de l’Inspection du Travail étant trop souvent peu visible et mal valorisée, les services centraux doivent repositionner l’Inspection du Travail et affirmer sa mission de garante des règles de l’ordre public social.

 

L’animation des services doit être améliorée. Nous demandons ainsi la mise en place d’un Comité Régional d’Animation et de Coordination, totalement ouvert à la participation de l’ensemble des agents de section (IT, CT et secrétaires), qui aura pour vocation de contribuer à l’élaboration et au suivi du plan régional d’action de l’Inspection. Il y associerait éventuellement les partenaires sociaux, selon des modalités à déterminer.

 

Au niveau des DDTEFP, un projet local et transversal, s’intégrant dans un plan régional et résultant de la mise en cohérence des plans d’action des sections devrait être élaboré. Ceci entraînerait l’intégration des IT aux équipes de direction, le renforcement du portage hiérarchique de notre action et la mise en commun des problématiques travail, emploi et formation professionnelle. Des actions conjointes dans le cadre du plan d’action deviendraient crédibles et possibles à la condition d’un investissement volontariste des Directeurs et des Directeurs Adjoints.

 

Ces plans de coordination, finalement définis par les agents eux-mêmes, seraient nécessairement favorables au développement de l’application de l’ordre public social et ne pourraient évidemment pas être exclusifs de notre droit d’opportunité et d’indépendance.

 

L’appui local aux sections est essentiel. Il est trop inégalement présent aujourd’hui. L’appui des MIRT, des Ingénieurs de Sécurité, les services de Ressources Méthodes doit se développer. Il faut aussi leur en donner les moyens. D’autres partenaires tels le référent au dialogue social, l’économiste, les agents des DRIRE, les chercheurs, universitaires, les DRASS, les services vétérinaires et les traditionnels CRAM, OPPBTP, ARACT doivent pouvoir être des acteurs renforçant l’efficacité de notre travail.

 

La MICAPCOR doit aussi conduire une réflexion de fond sur la politique pénale et l’alternative que pourraient constituer les sanctions administratives qui simplifieraient nos procédures de sanctions et renforceraient notre autorité.

 

Par ailleurs, la très grande complexité du droit national ou communautaire qui, par empilement, devient difficile à appliquer ou à comprendre, rend notre travail difficile. Les réponses apportées par l’administration à cette difficulté majeure sont totalement insuffisantes. Il n’existe pas de véritable appui juridique national et les appuis ressources méthodes régionaux restent l’exception.

 

La simplification des textes applicables et la prise en compte, dès leur phase de rédaction, de l’avis des services permettrait d’améliorer efficacement leur applicabilité.

 

C’est ainsi que la sanction prévue contre ceux qui n’appliquent pas l’article R.230-1 du Code du travail est inappropriée et rend l’obligation d’évaluer les risques dans l’entreprise, reprise pourtant avec tant de force dans le plan santé travail, bien peu contraignante et donc dérisoire. Notre intervention, si elle était prise en compte et au regard des enjeux de ce décret, devrait pouvoir faire modifier ces anomalies.

 

Notre voix n’est pas entendue aujourd’hui alors que nous sommes l’un des grands acteurs du Droit Social.

 

 

 

 

1ère PARTIE

 

Un champ d’intervention flou

 

 

 

 

L’insuffisance chronique d’effectif ne nous permet pas de réaliser le contrôle régulier des entreprises qui nous sont géographiquement dévolues.

 

 

 

Le développement de la demande individuelle est important. Il n’est pas possible de l’écarter et de nous déclarer totalement incompétents sur ce champ. Le harcèlement moral, les discriminations, l’hygiène, la sécurité, les risques à effets différés et la notion de " souffrance au travail " impliquent, il est vrai, de nouvelles formes d’intervention mais demeurent fondamentalement de notre compétence. Par ailleurs, la rencontre des salariés lors de nos permanences est un axe d’orientation majeur de nos programmes individuels de contrôle.

 

 

 

Les demandes, qu’elles soient collectives ou individuelles, sont de plus en plus complexes à traiter, elles sont extrêmement chronophages.

 

 

 

Un travail administratif de plus en plus lourd et des secrétariats insuffisamment pourvus achèvent de figurer l’état pathologique dans lequel les sections se trouvent.

 

 

 

Les autres services du Travail eux-mêmes en déshérence :

 

  •  

  • -Un service de renseignements téléphoniques en sous effectif chronique.
  •  

 

  •  

  • -Un système de ressource SITERE peu crédible en raison de l’absence de validation des documents intégrés à la base.
  •  

 

  •  

  • -L'absence de facilitation du travail de section par la création de PV types, d’amendes administratives, d’arrêts machine, etc.
  •  

 

 

À ce titre, la réforme du décret du 8 janvier 1965 est tout à fait caricaturale car elle laisse aux sections d'Inspection tout le travail de synthèse du nouveau texte et la responsabilité de mettre en place de nouveaux outils pour intervenir efficacement auprès des entreprises du bâtiment et des travaux publics.

 

Ce travail fondamental, que les services centraux auraient dus penser en même temps que le nouveau texte était élaboré n'a pas été fait. C'est une faute majeure. Il y a, à ce titre, une nette absence de responsabilisation des services centraux du travail qui, finalement, entrave notre action.

 

Aucun texte ne devrait être publié lorsqu'il modifie sensiblement le Code du Travail sans que les services déconcentrés soient prêts à l’appliquer et disposent des outils nécessaires pour accueillir cette nouvelle réglementation.

 

 

 

1 – La CFDT note un problème de moyens nécessitant une réponse urgente

 

 

– La question des effectifs nécessite une réponse urgente

 

Le corps des inspecteurs du travail se voit affecté, soit en section d’inspection avec une mission de contrôle de l’effectivité du droit (y compris les fonds de la Formation professionnelle), soit en service sédentaire dans la gestion des mesures emploi.

La CFDT partage le constat d’un manque de ressource humaine (tant en terme de nombre de Contrôleurs que d’Inspecteurs) en situation de contrôle.

Or, le contrôle est le travail de base de l’Inspection du Travail. Cela implique une présence effective dans l’entreprise et une capacité à évaluer l’action des services.

A ce jour, 441 inspecteurs assurent le contrôle de 40 619 entreprises de plus de 50 salariés et 750 contrôleurs assurent le contrôle de 1 376 000 entreprises de 1 à 49 salariés (rapport annuel au BIT 2000).

Compte tenu de la faiblesse des effectifs, la moyenne de contrôle est de 11 ans pour les entreprises de moins de 10 salariés, de 5 ans entre 10 et 49 salariés et d’un an et demi pour les 50 et plus (Rapport Lannelongue déc. 2002).

S’ajoute à ce constat, le travail le week-end, le soir ou la nuit, que certaines enquêtes requièrent compte tenu du développement de nouvelles formes d’entreprise et d’emploi.

Est-ce normal que l’Inspection du Travail n’ait pas les moyens de participer aussi souvent qu’il le faudrait aux CHSCT alors même que certains décrets sur la protection des salariés contre les risques chimiques ou sur l’évaluation des risques rendent leur action fondamentale pour la sécurité et la santé des salariés ? Non, bien sûr. Le plan santé au travail qui propose aux agents de contrôle de participer pleinement à son application, et c'est bien notre mission que de le faire, définit une tâche telle, tellement fondamentale pour les salariés, qu'il est inouï d'imaginer que nous puissions la réaliser dans l'état actuel de nos effectifs. Réveillons-nous !

De plus, la CFDT affirme l’importance de l’égalité de traitement des salariés ; et il n’est pas normal qu’on ait – sous prétexte qu’on travaille dans une petite entreprise – très peu de chance de voir arriver l’inspecteur ou le contrôleur du travail et donc d'avoir l'assurance de voir le droit républicain s'appliquer dans son entreprise.

La récurrence des contrôles est incroyablement incitative.

Il faut souligner que le récent rapport sur l’Inspection du Travail en Europe, décidé par l’Union Européenne, a insisté sur cette question des moyens en soulignant le fait que la France se trouvait très en deçà de la moyenne européenne d’effectifs pour l’inspection du travail. Le rapport Bessière souligne également le ridicule des effectifs actuels.

La question des effectifs est aujourd’hui centrale pour re-légitimer la fonction de contrôle des règles sociales que la république s’est fixée.

Il est donc particulièrement urgent de prendre un certain nombre de mesures :

  •  

  • -augmenter la présence des agents dans les plus petites entreprises ;
  •  

 

  •  

  • -redéfinir la notion de seuil d’efficacité d’une section et de seuil de crédibilité de l’activité des agents.
  •  
  •  

 

Ainsi, les Contrôleurs devraient pouvoir réaliser la visite de leurs établissements (moins de 50 salariés) a minima tous les 5 ans et donc utiliser au moins la moitié de leur temps de travail sur des missions de contrôle extérieur. La moitié de ces visites doivent pouvoir être des visites programmées. Cette exigence implique qu’un contrôleur n’ait pas plus de 1500 établissements à contrôler.

 

Les Inspecteurs du Travail, quant à eux, devraient pouvoir consacrer 4 à 6 demi-journées par entreprise (de plus de 50 salariés) a minima chaque année. Les entreprises de + de 50 seraient vues au moins une fois tous les 3 ans et la section ne devrait pas avoir plus de 75 entreprises de plus de 50 salariés.

La distinction entre les entreprises attribuées aux Contrôleurs et aux Inspecteurs n’est pas une bonne chose si elle est rigide. Par ailleurs, une section d'Inspection ne peut pas être une simple juxtaposition de contrôleurs, d'inspecteurs, et de secrétaires.

 

Cela signifie :

  •  

  • -des créations de sections pour arriver à une moyenne de 28 000 salariés et 75 entreprises de plus de 50 par section ;
  •  

     

  • -la création de postes de contrôleurs pour arriver à une charge de 1500 entreprises maximum par contrôleur (en lien avec les créations de sections).
  •  

     

  • -enfin, il est nécessaire de mettre à plat la question des seuils d’entreprises de plus ou moins de 50 salariés qui aboutit à la distinction entre Inspecteurs du Travail et Contrôleurs du Travail (certains contrôleurs peuvent se voir déléguer par leur Chef de service des établissements de plus de 50 salariés).
  •  
  •  

 

La création de nouvelles sections, ainsi que nous l’évoquions plus haut, doit se faire concomitamment au développement de " fonctions ressources " locales et disponibles. A ce titre, un appui ressources méthodes doit être affecté dès lors qu’il y a dans un département 5 sections ou plus.

 

Il convient également de renforcer le secrétariat des sections, en nombre bien sûr, mais aussi en compétence pour faire des agents affectés au secrétariat de véritables assistant(e)s des inspecteurs et contrôleurs, susceptibles de décharger ces derniers de certaines tâches administratives et aussi de mieux préparer les visites d’entreprise, grâce à un système " SITERE " performant.

 

La CFDT demande donc un renforcement du nombre d’agents de contrôle sur le terrain, ce qui passe par la création de sections d’inspection ou par le renforcement des sections existantes, notamment en contrôleurs. Le doublement du nombre d'agents affectés en section est en ce sens crédible.

 

 

– Le développement de l’expertise disponible en matière de santé.



C’est un des objectifs du Plan Santé Travail et c’est toute la question de la mission de " préventeur " des agents de contrôle de l’Inspection du Travail.
En 2002, 11% des observations et 2,5 % des procès verbaux relèvent des risques chimiques (Conditions de travail, bilan 2003, DRT, Ministère du travail).
 
La faiblesse de ces chiffres est d’autant plus inquiétante que la prévention du risque chimique fait partie des priorités d’action du ministère. Il est donc urgent de doter les agents de contrôle d’appui d’expertise en la matière compte tenu du profil généraliste de l’inspection du travail, que nous soutenons, et de la complexité des situations de risques chimiques.

Cependant, le développement de l’expertise ne saurait se réduire au risque chimique comme le sous-entend le Plan Santé Travail qui prévoit le renforcement des équipes d’ingénieurs et de médecins inspecteurs. Il est tout aussi important de renforcer l’expertise en matière de risques psychosociaux - stress professionnel, harcèlement, violence, épuise-ment professionnel qui sont le plus oubliés dans les documents uniques présentés par les entreprises. 

La demande sociale est de plus en plus grande et les atteintes à la santé physique et mentale peuvent être très graves. 

C’est pourquoi la CFDT soutient la nécessité de doter les services de l’inspection du soutien d’experts en risques chimiques ou plus généralement industriels, mais aussi d’experts en risques organisationnels. Et ce d’autant qu’on ne peut prévenir les risques chimiques qu’en s’intéressant aussi à l’organisation du travail, la seule compétence chimique ne suffisant pas. Parmi les experts, venant en appui de l’action de l’Inspection du Travail, il serait donc légitime de trouver des ergonomes notamment.

 

 

L’extension des procédures administratives

 

La procédure administrative d’arrêt de chantier a prouvé son efficacité, mais son périmètre reste limité aux défauts de protection contre les risques de chute de hauteur, contre le risque d’ensevelissement ou contre le risque d’amiante.

Malgré tout, les sanctions administratives susceptibles d’être infligées par les agents de l’Inspection du Travail sont dérisoires. L’effectivité du droit du travail dans les entreprises ne peut désormais s’engager que par une extension des sanctions administratives à l’encontre des employeurs en infraction par :

  •  

  • -Le retrait temporaire du bénéfice des aides à l’emploi et à la formation pour toutes les entreprises ayant commis des infractions relatives au non-respect des minima sociaux ou conventionnels, au non-respect du repos hebdomadaire, au délit d’entrave (élections et fonctionnement des délégués du personnel.) Le principe est finalement de reprendre les dispositions de l’article L.324-13-2 relatif au travail dissimulé pour l’appliquer à d’autres " délits " du Droit du travail ;
  •  

 

  • -L’instauration d’amendes administratives qui remplaceraient les contraventions et qui auraient pour objectif de réprimer les auteurs des infractions à l’hygiène et à la sécurité (mises en demeure assorties d’une astreinte administrative par exemple) ou le non paiement du salaire et de ses accessoires.
  •  

La généralisation des sanctions administratives s’avère indispensable (en raison de la rapidité de son application) pour renforcer et soutenir les moyens d’action de l’Inspection du Travail.

La CFDT préconise l’extension de ce type de moyen à l’ensemble du champ de la santé et de la sécurité.

 

2 – Le renforcement des moyens pour la mission de contrôle passe aussi par l’unification des services

 

Aujourd’hui le corps des inspecteurs et des contrôleurs est interministériel (travail – agriculture – transport). Il en résulte un éclatement des compétences et des ressources, souvent préjudiciable aux salariés et aux agents de contrôle eux-mêmes.

Ainsi que le rapport Bessière le souligne, et ainsi que nous l'affirmons, ce corps interministériel est une atteinte grave, que nous dénonçons depuis toujours, au principe d'un corps à compétence généraliste. Monsieur Bessière considère à raison que la violation du caractère généraliste de l'Inspection du Travail s'étend à notre exclusion du champs des mines, des profession maritimes, etc.

La CFDT demande, dans un premier temps, une unification des services au sein des DDTEFP, afin d’offrir aux salariés et à leurs représentants :

  •  

  • -un lieu unique, la DDTEFP, où puiser des informations et en donner au service de contrôle ;
  •  

     

  • -des interlocuteurs uniques sur le champ du travail et de l’emploi (notamment en matière d’aide à l’emploi et d’anticipation de restructurations).
  •  

Ceci serait facteur de cohérence et de " simplicité ".

S’agissant des agents de contrôle eux-mêmes, l’unification des services permettrait aux agents des transports et de l’agriculture de rompre avec l’isolement géographique qui encourage l’isolement en termes de pratiques professionnelles. Mais aussi de bénéficier d'un soutien dont ils ne disposent pas toujours aujourd'hui.

On peut imaginer que, compte tenu de la spécificité des réglementations transport et agriculture, les DDTEFP se dotent de pôles de compétences en la matière, au besoin en spécialisant les agents. Nous n'y serions pas, là, opposés.

 

3 – Le nécessaire pilotage de l’action de contrôle

 

3.1 – La nécessaire définition de priorités d’actions

La CFDT note que bien qu’ayant des compétences généralistes, les agents de contrôle se " spécialisent " et privilégient une thématique de contrôle plutôt qu’une autre. Si ceci a une légitimité du fait de l’éventuelle spécificité du territoire, on ne peut faire l’économie d’une stratégie d’action collective, notamment en matière de santé au travail.

En effet, si le principe d’indépendance, consigné dans la convention OIT 81, est à réaffirmer, il ne peut faire l’objet d’un glissement vers l’autonomie. Il en va de la cohérence de l’action de l’inspection et de l’égalité de traitement des usagers et des entreprises.

 

Le nécessaire travail sous forme de plan d’action se voit aujourd’hui contrarié par la charge de travail et l’ampleur de la demande individuelle, de sorte que les agents de contrôle ont un agenda bien souvent contraint.

 

La CFDT soutient que, si le conseil aux salariés et aux IRP fait partie de la mission de l’inspection du travail, elle ne doit pas prendre le pas sur le cœur du métier, à savoir le contrôle. Cette mission de contrôle ne doit pas être entièrement guidée par la demande extérieure (salariés, IRP), mais doit s’inscrire dans un plan d’action, selon des objectifs et des priorités. Les partenaires sociaux doivent être associés à la définition de ce plan d’action.

 

Par ailleurs, la CFDT constate une forte désyndicalisation dans les entreprises et donc une présence insuffisante des IRP, ce qui explique en partie l’explosion de la demande individuelle de renseignements, ce qui a eu parfois pour effet de diminuer la disponibilité des agents de contrôle pour aller sur le terrain autant qu’ils le souhaitaient.

 

La CFDT estime nécessaire d’aider les salariés à mettre en place des IRP adaptées à la taille de leurs entreprises avec l’appui des syndicats. Le Ministère devrait plus les aider au niveau des formations en matière de droit du travail, afin qu’ils soient plus efficaces dans les entreprises et plus à même de répondre aux demandes individuelles dans leurs unions départementales ou régionales.

Dans le cadre de la lutte contre les risques professionnels, la CFDT souhaite la création de CHSCT de sites et de véritables moyens pour les DP en matière de prévention des risques professionnels. Moyens en termes de droits syndicaux qui seraient allégués aux Délégués du personnel, particulièrement dans les entreprises de moins de 50 salariés.

Les IRP sont un formidable relais de l’intervention de l’inspection du travail. A ce titre, il est urgent de donner à tous les salariés une représentation.

Le DP ont les missions du CHSCT, mais n’ont aucun moyen pour assurer ces missions. Il est urgent de les doter d’un réel droit à la formation, dans les mêmes conditions que les membres du CHSCT, et de l’ensemble des moyens dont dispose le CHSCT.

 

3.2 – Le suivi des procédures pénales

Le pilotage de l’action de l’inspection du travail ne saurait s’arrêter à la définition des priorités. L’accompagnement de l’action implique un suivi de l’action pénale et, peut être, une plus grande implication de la hiérarchie auprès des parquets, souvent peu sensibilisés aux questions de droit du travail (à part peut-être le travail illégal).

L’inspection du travail œuvre toujours dans le compromis par rapport à la loi, dans le but de modifier le comportement social de l’employeur. Elle donne des conseils, des délais pour se mettre aux normes et privilégie toujours la régularisation à la procédure pénale.

Cependant, elle dispose d’un pouvoir d’appréciation quant aux suites pénales à donner. Et ce dernier volet n’est pas à la hauteur ; en effet, 80% des procédures - déjà trop peu nombreuses - sont classées. La légitimité de l’action est remise en cause et, avec elle, les actions futures auprès de l’entreprise concernée mais aussi auprès des autres employeurs.

 

La CFDT demande la mise en place d’une politique pénale nationale qui garantisse de meilleures suites aux procédures pénales engagées par les agents de contrôle du ministère du travail. En outre elle attend, de la part de la hiérarchie des agents, des poursuites pénales contre les auteurs d’entraves et de violences à l’occasion de leur mission de service public.

 

La CFDT dénonce enfin que les peines prononcées sont insuffisantes et souvent peu dissuasives. La recherche de solutions alternatives aux poursuites (notamment la médiation) décrédibilise le travail des agents de contrôle et ne favorise pas l’effectivité du droit du travail qui est paradoxalement une des priorités nationales du ministère.

 

Ces affaiblissements de suites pénales aux infractions au Code du travail développent depuis des années une autocensure des agents de contrôle et une réduction des procès-verbaux lorsque les suites ne sont pas réelles.

 

Les relations entre les directions départementales et les parquets doivent pouvoir s’appuyer sur des orientations nationales clairement affichées par les ministères et ne pas dépendre entièrement d’ententes locales.

Dans ce contexte, il est particulièrement important de soutenir toutes les procédures pénales mises en œuvre par l’inspection du travail. La CFDT entend se porter partie civile sur ce type d’action.

 

3.3 – La remontée d’information

En tant qu’organisation syndicale, nous trouverions intéressant que l’inspection du travail, qui est au contact des salariés, notamment dans la gestion de la demande individuelle, remonte un certain nombre d’informations sur le type de problèmes dont elle est saisie par les salariés ; ce type d’information ne se substituant pas aux rapports d’activité dont les données semblent peu fiables depuis quelques années.

 - Le plan santé travail

 

 

Il est intéressant de constater que le plan santé travail, dans son domaine " hygiène et sécurité ", fait des constats qui sont très symétriques en termes de moyens avec nos revendications qui, elles, portent sur l’application du Code du Travail dans son ensemble.

 

Il nous apparaît donc que le législateur et le pouvoir réglementaire en général, ne devraient pas avoir de difficulté à saisir notre point de vue.

 

La CFDT fera une analyse du plan santé travail au cours de ces prochaines semaines.

 

 

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